CR CCC 2019: Mon premier trail de 101km !! Mes 101 pensées pour vous le raconter

6 octobre 2019 - Running - 8 commentaires

Hi,

Aujourd’hui, ça fait 1 an que j’ai participé à mon premier Ironman (souvenez-vous), et ça fait un peu plus d’un mois que j’ai bouclé la CCC : 101km et 6100m de D+. J’ai l’impression que c’était hier…mais aussi il y a plusieurs mois. Je crois que je suis encore sur un petit nuage de bonheur depuis fin août. Il est vrai que j’ai eu un petit blues. Quand on se dédie sur plusieurs semaines à un unique objectif, une fois atteint, on ressent un mélange de vide immense et de nostalgie. Mais c’est une autre histoire, même si j’ai été très émue en vous rédigeant cet article.

Je l’ai fait. Toutes mes émotions, mes hauts, mes bas, m’ont envahie comme sur la ligne d’arrivée le 30 août dernier. Je pensais qu’en attendant quelques semaines, j’allais être plus posée pour vous raconter cet aventure (oui car 101km c’est long lol). Il n’en est rien éhé.  Comme pour mon premier Ironman, j’ai fait appel à Osmany pour me suivre et capturer à la fois en vidéo ET photos ma course.

C’est lui qui vous a préparé cette belle video afin de vous faire vivre la CCC ! J’espère qu’elle vous plaira et vous donnera surtout envie de relever vous aussi vos propres challenges.

NOTE: J’ai prévu une 2nd video « Foire aux questions » pour répondre à toutes les questions que vous aviez (ravito, entrainement, sommeil, assistance, matériel…)

J-1:

Je suis allée retirer mon dossard le jeudi avec tout mon équipement obligatoire à présenter. Comme pour l’OCC l’an dernier, c’est super bien organisé. On a l’impression de prendre l’avion éhé. Je présente mon équipement dont 3 en particulier au hasard (pantalon imperméable, frontales+recharge et ravitaillement). Je récupère mon dossard, mon petit bracelet et surtout la puce sur le camel bag. J’ai dû mal à croire que demain, après 3 mois de préparation, c’est parti !! Je consulte encore la carte et le relief que je vais aborder demain. On est tous surexcités, moi je file me détendre juste après la piscine magnifique de Chamonix.

Si vous voulez en savoir plus sur l’équipement obligatoire en trail, rendez-vous dans cet article >> 

Avant de débuter mon compte-rendu, je voulais juste revenir sur l’histoire de la course:

La CCC (aussi surnommée la petite soeur de l’UTMB) est une course de trail de 101km pour 6100m de D+ traversant 3 pays. Le départ au lieu le dernier vendredi d’août à 9h depuis Courmayeur en Italie, nous passons par Champex en Suisse avant d’arrivée en France à Chamonix. Pour y participer, il faudra accumuler des points ITRA (chaque année le nb évolue) et être tirée au sort. Personnellement, j’ai bénéficié d’un dossard presse. Le dossard presse ne « pique » pas de place aux autres dossards, l’organisation UTMB met de côté quelques dossards pour des journalistes, des sponsors/partenaires ou blogueurs comme moi.

Pour vous proposer un contenu un peu différent de la video ET pour ne pas vous écrire un roman, je vais vous partager 101 pensées pour ces 101km ! Prêt.es ?

J-J Mes 101 pensées durant la CCC

On quitte Chamonix vers 7h30. Le départ de mon SAS est à 9h15. Je suis hyper stressée. C’est très difficile de me détendre. J’essaie de me focaliser uniquement sur le plaisir que je vais avoir à montrer, à crapahuter pour en prendre PLEIN la vue, surtout que les 50premiers km sont sur des chemins que je ne connais pas. Dans la voiture, je me badigeonne de crème anti-frottements, grignote une dernière banane et re regarde le parcours que j’ai découpé dans une des brochures UTMB que nous avions reçue. J’ai une petite poche dans mon porte-dossard

Arrivée sur la ligne de départ, je retrouve la team ASICS mais first thing first: TOILETTES ! Le bon côté de participer à des courses avec 90 % d’homme: pas de queue aux toilettes des femmes. Une fois ce petit détail passé, je me sens plus légère, littéralement, plus détendue. Tout est prêt, je rentre dans mon SAS. Nous regardons les points où Matthieu et Osmany vont venir pouvoir m’encourager mais aussi les zones d’assistance. Je me dispute un peu avec ma Garmin. Je décide finalement de partir avec ma « vieille » Garmin (Fenix 5S). La 6 est incapable de trouver le GPS… Un petit stress inutile lol. Je bois un peu d’eau, un dernier bisous (À Matthieu), des coucous à des personnes que je reconnais et le départ de mon SAS est donné 🙂

9h15

0 KM: C’est parti !!!! Juste 101 km ….! Il y a une super ambiance, il fait super beau et doux.

1 km: Ok ma garmin fonctionne c’est bon. C’est mignon comme tout Courmayeur

2 km: …Enfin beaucoup de pavés quand même. La garmin fonctionne toujours, il va falloir que je m’organise et surveille sans faute sa batterie, en espérant qu’elle tienne au moins jusqu’à Champex.

3km: Ok bon bah on sort déjà de Courmayeur, ça monte bien dit-donc

4km: Tu vas pas quand même déjà marcher ??!

5km: Bon tout le monde marche, je peux marcher

6km: Premier bouchon….heureusement c’est dans la bonne humeur, je fais connaissance avec, par hasard, 2 français qui ont déjà participé à la CCC. Ils me donnent quelques conseils.

7km: On marche toujours très doucement dans ce bouchon et quelques traileurs impatients sortent du chemin en lacet pour courir tout droit.

8km: On reprend chacun son rythme dans la montée, il fait déjà chaud et le soleil est haut.

9km: On sort de la végétation, je lève mes yeux et là bim, je vois des petits playmobils très très loin. Je regarde vite mes pieds à nouveau. Mais naaaan ce n’est pas si loin que l’on va !

10km: On relance un peu avant d’attaquer CE MUR vers le premier col « Tête de la Tronche » dont on voit le bout…

11km: En plein dedans, on monte un MUR en lacet. J’ai l’impression d’avoir la tête dans l’herbe tellement c’est abrupte.

12km: Encore un peu, ça me rappelle le trail des Dolomites. Les italiens n’aiment pas trop les montées en douceur, tant qu’à monter, il faut y aller au plus droit lol.

13km: C’est la bascule du premier col. 1/5 check ! Je compte en col, pas en km. Je n’ai pas 101 km mais 5cols, c’est vachement plus motivant… 10x10km aussi.. c’est pas mal dans ce sens-là.

14km: Je bip ma puce, je mange un peu, je bois beaucoup car le soleil a tapé fort dans la montée. Je mouille mon tour de cou et le place sur mon front. Le refuge est déjà pas mal animé. Beaucoup de personnes sont montées pour nous encourager.

15km Je marche avant de me remettre à courir. Le paysage est à couper le souffle. Nous sommes entre 2 montagnes. C’est fou !

16km Je cours, c’est un single très étroit où il est difficile de mettre en pied devant l’autre.

17km C’est trop beau. Je fais des photos avec ma GoPro tout en essayant de ne pas me casser la gueule, ce qui est un petit exploit car je m’essouffle encore plus mais… Ahahhh

18km QUE C’EST BEAU. La descente est hyper agréable. C’est bien ça… ou peut-être que je me suis enfin améliorée en descente… ?

19km On alterne entre plat, petite descente, petite montée, c’est magnifique. Il fait beau mais la chaleur

20km Je me retrouve coincée derrière un monsieur que j’avais déjà doublé. J’ai dû plus trainer que lui au ravito. Comme la première fois, il s’entête à ne pas se décaler d’un mm pour me…ah en fait NOUS laisser passer car il crée un petit bouchon. Le coureur derrière moi souffle puis au final s’élance, me double et le double. Je le suis toute heureuse et lâcher les chevaux avant le prochain ravitaillement.

21km Je croise Matthieu et Osmany avant le refuge lors de la remontée bien abrupte. Je suis hyper heureuse, j’ai le temps de parler à Matthieu, de lui dire que ma garmin fonctionne. Il me rappelle de manger car il est déjà 13h. Manger… ah oui j’ai un peu zappé à force de me concentrer sur les cailloux et le paysage.

22km J’arrive au refuge Bonati dont la vue est sublime. Je remplis mon camel bag qui s’est bien vidé. Je bois et je pose pour VRAIMENT manger. J’avale une énorme cliff bar hyper sucrée. Je fais attention à mes ravitaillements car je ne pourrais en remettre qu’au 54eme km… je dois bien gérer…mais je dois plus manger quand même.

23km Je repars, le ventre est OK.

24km On alterne pas mal de petites montées, petites descentes, je peux courir tout du long mais j’ai tellement envie d’aller aux toilettes…

25km J’entends de la musique, des voix, des encouragements, le gros ravito approche YEEES. J’accélère car j’ai vraiment envie PIPI et pas du tout envie de chercher un buisson.

14h23, 5h01 de course

26km Ahhaahh ARNOUVAZ, enfin des toilettes. Je bip je file direct dans les toilettes faire… ce dont j’ai besoin. Je ressors si heureuse. Il m’en faut peu. Le ravito est top ! Je remplis mon camel, m’empiffre d’orange et discute avec un bénévole qui me reconnait (coucou !!). Les bénévoles parlent, français italien, c’est trop fun. On discute entre coureurs de la suite, de la chaleur. Pour l’instant, ça va. j’envoie un texto à MAtthieu qui a dû retourner à Chamonix, je ne le verrai pas avant Champex au moins. Mais Osmany et Julien seront là, pas d’inquiétudes.

27km C’est reparti, 2eme col et dernier en Italie. Les jambes sont présentes…

28km Les hanches moins…. coucou les douleurs fantômes à ma fracture, ça faisait longtemps.

29km Tu devrais manger au lieu d’écouter tes hanches grincer….

30km Je n’ai pas mal en monter… peut-être que j’ai vraiment mal ? J’ai mal ? j’ai faim ? Ah j’ai envie de faire…il faut que je trouve un petit coin tranquille

31km Oh des bouses de vaches ?? Oh j’entends des cloches, on approche du col et de la bascule.

32km Je suis arrivée en haut du Grand Col Ferret…il faudrait que je mange quand même… Petite photo, je mange: birk j’en peux déjà plus des pompotes… Pas de toilettes ici, encore moins de buisson.

33km Descente abrupte… ça rigole pas et en plus il fait moins beau de côté-ci !

34km J’ai mal non ? Est-ce que j’ai mal ? Je sens mes hanches, c’est bizarre quand même. Si j’étais blessée, je le saurais.. non ?

35km Ahhh La Peule, on est vraiment en Suisse c’est bon. Un bénévole bip mon dossard, je vois quelques coureurs atablés à boire des bières…nan ce n’est pas des coureurs… si ? non ? Petit texto à Osmany, je vais bientôt débouler à La Fouly.

36km Hop je dois me faire confiance, je dois manger plus, c’est dans ma tête. Ah par contre le toilette tu as zappé là ?!

37km Bonne descente, la chaleur commence enfin à redescendre elle aussi, je commençais à avoir un peu mal à la tête. Je mouille dès que possible mon tour de cou, en évitant les vaches qui se promènent. Il y a moins de coureurs, on est plus éparpillés, c’est plus agréable.

38km J’accélère, la descente n’est pas technique, comme une sortie de piste de ski. On entend les bruits qui remontent du village. Je vois de loin Julien et Osmany (ça sert de porter ses lentilles quand même)

39km Je relance ma course… Ah non attends Bon hop je vais dans ce toilette-là, je peux pas attendre les autres. Moi les descentes, ça m’active trop les intestins.

17h18, 8h de course

40km Je repars dans le village pour ENFIN un gros ravitaillement mais toujours pas d’assistance. Je discute rapidement avec Osmany et Julien, on prévoit de changer de baskets à Champex dans…14km. En attendant, je dois continuer avec mes baskets qui se sont trouées et mes douleurs (ou pas) de hanches. Dans le ravitaillement, je retrouve la chaleur et l’humour suisse. Je mange ce dont mon estomac a envie: de la soupe, du fromage suisse sur du pain x3…x4…x5. Je me gave d’orange sous les yeux amusés de la bénévole qui me les coupe. Il y a un écran de la marque CrossCall qui diffuse des messages d’encouragement des proches des coureurs. C’est assez émouvant. Puis je remplis mon camel avant de repartir. Julien me dit qu’un orage arrive et que s’il pleut, je dois tout de suite me couvrir pour ne pas m’affaiblir ou me refroidir.

41km Ce n’est globalement que dans la descente jusqu’à Champex…

42km alors ENVOIE LES WATTS

43km Je prends un bon rythme de course, le chemin est facile… j’ai comme oublié mes douleurs.

44km J’aurais peut-être pas du manger autant de pain et de fromage (je rote !!)

45km Je me mets dans les pieds d’un autre coureur et on s’impose un petit rythme.

46km J’entends les premiers éclairs…. Oh… j’ai de nouveau envie d’aller aux toilettes.

47km NAAAN JE VEUX PAS ÊTRE TREMPÉE, je veux pas farfouiller dans mon sac pour trouver mon kway… Ah par contre ce petit coin est top. Je sors du chemin pour en suivre un autre, ah ok ça mène sur une grotte, bon je vais me mettre ici en espérant qu’il n’y ait pas une chauve-souris qui me vole dans les fesses. Hop je rejoins les autres coureurs ni vu ni connu.

48km J’accélère tant que le chemin est bon pour courir. C’est un faux plat descendant hyper agréable.

49km ça y est le soleil est passé derrière les montagnes. Il est encore tôt pourtant

50km Ah…en fait il est derrière ces gros nuages tout noir 0_O

51km Je croise Osmany qui me prend en photo dans le petit village Suisse de Praz Le Fort.. Je souris, il faut sourire. L’atmosphère est hyper étrange ici

52km On est peu nombreux, il fait sombre sans faire nuit. On court sur la route, les gens sont à l’apéro.

53km L’orage fait de plus en plus de bruits. Mais je peux plus courir, on remonte vers Champex, la première zone d’assistance. J’ai couru trop vite entre La Fouly et maintenant, j’ai un coup de mou. Pourtant l’an dernier, je n’ai pas trouvé ce passage si difficile que ça… Bon le premier coup de mou à 53km ça va … non ?

54km On arrive à Champex c’est le panneau de la ville… ah mais oui c’est vrai qu’il faut ENCORE monter pour arriver au vrai ravitaillement. j’espère que Matthieu sera là.

19h48, 10h31 de course 

55km Je sors du bois pour débouler dans la zone de ravitaillement, j’ai un gros coup de barre. Tout le monde est là, je me mets dans un petit coin du ravitaillement. Je ne sais pas trop sur quoi me concentrer : manger ? me changer ? boire ? préparer le sac pour repartir.  Je me change en premier, brassière y compris. Je suis majoritairement entourée d’homme, sans parler de Matthieu, Julien et Osmany… mais bon, j’ai envie de passer une bonne nuit. Je change le brassière, le t-shirt, le short et même les chaussettes. Je me sens mieux, je peux manger: des chips de legumes, je bois un peu d’orangina. Je reprends des forces mais je les préviens que j’ai un coup de mou. Je sors mes frontales. On met en charge ma montre garmin qui commence à graver tirer la gueule. Je recharge mes ravitaillements. Je me fais engueuler car je n’ai pas assez mangé et je vais le payer cette nuit. Je le sais mais je n’arrive pas. Je refuse la petite quiche que je m’étais prévue, je préfère l’avoir dans la prochaine zone. Osmany me dit de ne pas tarder, il y a un super coucher de soleil. Je repars donc pour ne pas le râter et ne pas repartir trop de nuit.

56km Effectivement, c’est magnifique.Un dernier coucou et je m’enfonce dans la nuit.

57km J’allume vite ma pectorale, il fait encore assez clair pour ne pas tout de suite mettre ma frontale. L’ambiance est hyper détendue entre coureur, moi je suis anxieuse…

58km On descend encore un peu avant d’attaquer le 3eme col, que je connais déjà et que j’avais bien aimé.

59km: Je devrais pas avoir peur, je savais que ça allait être dur à partir de maintenant.

60km: J’y vois mal, je ne suis pas à l’aise… heureusement que l’on voit les étoiles. J’essaie de m’accrocher à la lueur des autres coureurs mais je suis toujours dans le mou.

61km ….

62km…. au fond de la mine.

63km Ah il y a une boite de nuit au sommet… et des vaches. J’entends plein de cloches, je tourne ma frontale vers les vaches. On dirait des fantômes. Je sors un peu de ma torpeur et je vois des gens qui dorment sur le bas côté.

64km le terrain est vachement humide ici. Je lève les yeux, les ombres des arbres ont disparu totalement, le ciel brille de milliers d’étoiles. C’est fou. Je regarde la lueur des frontales des autres, nous sommes nombreux à lever la tête !

65km ça sent fort la vache, il y de la musique à fond, je crois que je suis bien arrivée dans la bergerie de la Giète. Je décide de faire une pause et de boire du thé avant d’attaquer la descente. J’ai besoin de sortir de ce phase mole. quand je commence à avoir froid, je décide de repartir

66km ça va ?

67km ça va… je redémarre bien dans la descente, mon appréhension de la nuit commence à se dissiper, les jambes sont encore présentes.

68km On arrive au col de la Forclaz , je sais qu’après la descente est rapide sur le ravitaillement. Je croise Matthieu comme ça qui sort de la nuit, ça me fait un petit electrochoc qui me réveille. Il me demande si ça va. Je lui dis juste « vivement l’orangina » et je continue sur ma lancée.

69km Ok donc une passerelle en métal… j’aime pas ça !!! heureusement que c’est la nuit et que je ne sais pas ce qu’il y a en-dessous. La descente se passe bien finalement, j’arrive bien mieux à appréhender

Trient, 00h25 du matin, 15h de course

70km Je ne comprends pas bien par où on arrive mais il y a une ambiance de folie ici. De la musique, des gens qui chantent, qui boivent, c’est fou. On est tous fatigués mais souriant, c’est assez irréel ce que l’on vit. Je m’arrête faire pipi avant de marcher vers la tente de ravitaillement. J’ai besoin de prendre un peu de temps pour retrouver mes esprits et relâcher la pression. Je m’étais tellement fait une montagne de cette portion de nuit que je suis en train de me gâcher la course. Il y a beaucoup d’ambiance sous la tente, je n’arrive pas à manger, je prends du temps à me poser et me sentir un peu mieux. Je me force mais j’ai des nausées. Je sais que si je ne mange pas, la suite va très mal se passer. Même l’orangina n’a pas grâce, même la quiche vegan, même les chips de légumes. Rien ne passe. Je vais faire un tour dans les ravitos des bénévoles, je m’empiffre d’orange, un peu de fromage et de pains mais dès les nausées reviennent. Je m’assois, on a fini de charger un peu la montre, un peu les frontales, je décide de sortir mes écouteurs et me mettre de la musique BOUM BOUM pour la suite de la course. En trail, je n’aime pas écouter la musique mais les bruits de la nuit, les ombres me  font flipper, ma playlist me rassure. Finalement, les mots de Julien, de Matthieu, la patience, j’ai fait le plus dur, j’ai un très mauvais souvenir de ce col-là, je l’avais subi sur l’OCC, je me booste pour l’affronter en quittant la zone d’assistance

71km Bon allez, 4eme col, c’est juste 11km, montée et descente incluse, bouge ton boule

72km Allez Justin Bieber on va monter VITE et descendre vite

73km AMEN à la musique, je me sens bien plus réveillée.

74km Je ne sais pas comment font ces gens pour faire leur sieste là dans la nature, ça me ferait trop flipper.

75km C’est déjà le sommet ? Si on bip mon dossard, c’est le sommet non ?

78km ça monte encore, je ne vois pas les étoiles… Je peux voir le sommet des arbres, le terrain n’est pas dégagé, mais presque. Allez allez au rythme de la musique YEAH

79km Sommet check, je descends… je devrais manger ?…. on descend d’abord.

80km Je descends, on peut voir la route, les lumières de Vallorcine… BOUM un coureur vient de tomber au lacet juste en-dessous, les coureurs devant moi sont déjà en train de le relever quand j’arrive. Il saigne énormément du nez mais se sent bien pour rejoindre le ravitaillement. Le nez n’est pas cassé. On lui donne des mouchoirs, on l’invite à manger avant de repartir. Je devrais manger moi aussi…non? Il repart déjà, on le suit. ça m’a secoué. Je ne veux pas tomber, il faut que je me concentre, que je reste bien éveillée.

Samedi, 3h56 du matin, 18h de course

81km Hop on arrive en ville, on traverse la route par une passerelle. Il fait froid en sortant de la montagne, c’est étrange, j’ai chaud pourtant. Je vois la voiture de Matthieu sur le parking, j’espère qu’il ne dort pas et qu’il m’attend déjà sous la tente. Le village est endormi mais à la fois totalement éveillé autour de la zone d’assistance. Je marche avec un autre coureur qui me raconte des blagues. Matthieu nous rejoint: allez tu as fait le plus dur, tu vas te reposer un peu, tu as fait une super portion là. Je sais plus trop ce que je lui dis. Je n’ai pas faim et ça devient un suplice d’essayer de manger, ma quiche vegan me donne …la nausée, les chips de légumes, les barres, les fruits, rien ne rentre et je n’ai rien mangé depuis le dernier ravitaillement alors que je viens de faire 3h de course. Je vais bien là maintenant, mais si je ne mange pas, çå ne va pas aller. Je me force…je cherche des trucs qui me donnent envie. C’est compliqué et je sais que je vais le payer, d’autant plus que ce dernier col est difficile…très difficile. On recharge ma montre, mes écouteurs, ma frontale. Il fera bientôt jour, c’est le positif. Je n’ai pas envie de dormir, les jambes sont lourdes mais pas de crampes. Je commence à avoir froid. On reorganise mon camel: je prends mon pull de running, je sors mes gants. Je remarque qu’effectivement Osmany, Matthieu et Julien sont hyper couverts. J’ai l’impression d’être dans une drôle de bulle hors du temps, je me focalise uniquement sur mon chrono. Pas de panique pour la barrière horaire je suis large mais pas question de faire une sieste. Il faut repartir. Matthieu part devant pour me retrouver en haut des Cols des Montets.


82km: J’essaie de courir un peu sur le début de la montée en quittant Vallorcine mais… je préfère finalement marcher vite, je suis réchauffée et ça va monter…longtemps

83km: on longe la route. L’an dernier sur l’OCC je courais ici… là bah non

84km: Un petit faux plat, je m’active et je me mets à courir jusqu’à la route en haut du col des montets. Derniers coucou à toute ma team puis je me tourne face à l’ombre de la montagne et là BIM le mur…un long lacet de frontale jusqu’aux étoiles.. Je rigole, je les quitte et je remets mes écouteurs pour me concentrer sur là où je vais mettre mes pieds

85km… C’est donc un mur, voilà….

86km au moins les cailloux et les marches sont bien balisés…. allez mes petites cuisses. J’ai l’impression d’avoir des oeillères et de ne pouvoir regarder que devant moi. J’éteins ma musique. Il règne un silence très étrange, on entend juste nos pas…soufflés.

87km Au détour d’un lacet, je vois le ciel commencer à rosir…ENFIN l’Aube, il faut que je ne lâche rien pour voir le lever de soleil au sommet !

88km Ce n’est pas le sommet, mais il faut que je fasse une photo, c’est si beau 0_O Je ne suis pas la seule à m’arrêter. On contemple tous ce ciel rose derrière les montagnes. Je demande une photo à un coureur mexicain. On rigole. C’est si beau

89km Je rigole beaucoup moins, je n’arrive plus à me concentrer sur la course, je suis totalement à l’ouest. J’avance à reculons et j’hallucine complet. Je vois des bouquetins… des chiens, des bénévoles alors que nous sommes loin de la Flégère. Ah attendez si si c’est un vrai bouquetin là non. je sors mon téléphone, je fais une video, je regarde la video.. C’est bon j’hallucine plus et là on dirait même des bénévoles… des vrais

90km Toujours je ne sais trop où, je bip au contrôle de Tête au vent. Un bénévole me rebooste. C’est vrai il a raison ça ne fait que descendre… mais c’est que de la grosse caillasse. Je mange tous les ravitos dans mon sac. Je dévore. Je bois et je repars. Je sais que je ne suis pas loin de la Flégère mais là tout de suite c’est le bout du monde. Je garde mon pull, je range mes gants. Le soleil commence à briller.

91km Allez… serre les dents, quand tu seras à La Flégère, ça sera presque fini.

Samedi matin, 8h39, 23h22 de course

92km ENFIN LA FLEGERE. Un bénévole met une bonne ambiance au micro. Contrairement à ce qui était indiqué, il y a certes de l’eau mais des ravitos solides. Je mange plein d’orange, je bois du thé bien sucré. Je me sens beaucoup mieux. J’essaie de ne pas trainer mais cette pause me ravive. Fini ces sensations de fin de soirée totalement bourrée. Je me sens plus fraiche

93km Allez tu le connais ce chemin, on descend, ça descend youpie

94km Je retrouve des jambes coucou mes jambes !

95km J’entends Chamonix !


96km J’entends un énorme bruit et je vois une énorme avalanche de l’autre côté j’en reviens pas. Je m’arrête pour regarder pour être sûre de ce que je vois. Puis je repars, j’ai assez fait attendre tout le monde !

97km J’arrive bien plus tôt que je l’imaginais au chalet de La Floria qui ouvre à peine. Là, je le connais ce segment, je l’ai fait 2 jours avant. 2 coureurs de la PTL me passent je suis hyper émue pour eux, je les encourage, ils m’encouragent.

98km Tous les promeneurs que je croise me félicitent, m’encouragent. J’ai envie de pleurer, il faut pas pleurer maintenant. Je remercie tout le monde en chuchotant tellement j’en peux plus.

99km Mes jambes sont légères et avalent la descente, les derniers cailloux, les derniers virages. Je l’ai fait…

100km La passerelle, dernière descente, je glisse un peu, ce serait con de se faire une cheville si proche. Je m’en fiche, je rampe s’il faut. Je rentre dans Chamonix, je n’en reviens pas de tous ces regards, ces encouragements… je pleure. C’est fou cette ambiance. Je suis à Chamonix. Matthieu me rejoint pour quelques mètres, me crient dessus. Savoure chaque mètre tu l’as fait. Je pleure, je ris je sais plus trop.

101km Dernière ligne droite dans une atmosphère unique, sous le soleil. Je passe la ligne d’arrivée en pleurant en ne sachant plus trop dans quel état est mes jambes . Je suis arrivée, je l’ai fait. Je tombe dans les bras de Matthieu, le temps de retrouver mes esprits.

 

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24h42 de course total pour 101 km, 5 cols, 6100m de D+, 3 pays traversés, 4 litres d’orangina, 20 pompotes, 50 oranges, 1 quiche , Du pain, du fromage, des litres de thé, de soupe (la meilleure !) 4 pipi et…bon

BREF, des cernes, beaucoup de rigolades, des cailloux.  Beaucoup beaucoup de pensées. J’ai essayé de vous résumer ces 24h de course comme j’ai pu mais sachez que c’est surtout une énorme aventure qui se prépare jusqu’au jour-J. Il ne faut rien lâcher pendant la course, même quand tous les fibres de notre corps nous demande bien « WTF qu’est-ce tu fais ? « . Je fais ce dont pourquoi je me suis préparée pendant des semaines. Je l’ai fait… et vous vous en doutez, j’ai déjà envie d’y retourner !

Merci pour tous vos encouragements et vos petits mots, merci de partager tout cela avec moi. Un énorme merci aux bénévoles ET à l’organisation. J’espère vraiment vous donner l’envie de vous lancer car nous sommes encore trop peu de femmes sur le trail en général alors que nous y avons totalement notre place !

@ très vite

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8 commentaires

  • Repondre Nadine 6 octobre 2019 à 19 h 16 min

    J’en suis toute émue <3

    C'est la plus belle manière de raconter ta course je crois, oust le côté technique, vive la réalité et le moment présent ! De l'extérieur, on a souvent de la peine à comprendre comment ça se passe des trails comme ça, comment les gens mangent? comment ils vont aux toilettes ? ils dorment ? Et finalement ce km par km m'aura un peu plus éclairée…

    Félicitations à toi, tu pourras chérir ce moment toute ta vie!

  • Repondre Bérangère 7 octobre 2019 à 9 h 31 min

    Olala quel compte rendu de folie !! J’ai adoré ce format les photos sont magnifiques et en plus on voit minutes par minutes tes émotions on a l’impression d’être avec toi. Dans les bons comme les moins bons moments.
    Bravo bravo encore !!

  • Repondre Diablotinus 7 octobre 2019 à 10 h 13 min

    Waouh… J’y étais (mais seulement grâce à ton récit)… merci Anne de ce partage, quel courage !!

  • Repondre Julie 7 octobre 2019 à 10 h 13 min

    Bon ben voilà tu m’as donné envie d’y retourner 😉 Bravo pour ta course ! #droguee

  • Repondre Nathalie BARBIER 7 octobre 2019 à 14 h 33 min

    Merci pour ce super compte-rendu! on a l’impression d’y être! Bravo à toi!

  • Repondre LAURINE 7 octobre 2019 à 20 h 56 min

    Un immense bravo Anne ! C’est fou ce que le corps et le mental sont capables de faire…
    Ton récit est magnifique et retransmet bien toutes les émotions par lesquelles tu es passé. C’est grâce à ton blog et tes récits de course que je me suis mise à courir. Ce week-end, j’ai couru mon premier 10kms. Trop fière de moi !
    Continue à nous motiver et nous faire rêver.

  • Repondre Elodie 8 octobre 2019 à 21 h 02 min

    Un immense bravo pour cette course ! Sacrée épreuve tant mentale que sportive, respect.
    J’adore toujours autant lire tes CR, tu arrives bien à retranscrire les émotions, l’ambiance et surtout tu donnes envie d’enfiler une paire de baskets 😉
    Et la video est top aussi !

  • Repondre Maud 11 octobre 2019 à 18 h 33 min

    Wahou, je suis sans voix… ça me donne encore plus envie de me lancer (dés que mon petit dernier fera ses nuits…)
    En tout cas, merci de ce partage km par km, c’est top