Hi,
Aujourd’hui, j’ai envie d’aborder un sujet un peu controversĂ©e que ça soit entre hommes et femmes, ou encore entre nous les femmes. Je tiens Ă dire avant de dĂ©buter que je respecte chaque opinion et qu’en fait j’ai surtout hâte de connaĂ®tre votre position après avoir exposĂ© la mienne.  Ainsi, j’ai rĂ©cemment lu ce post et vu que je reçois souvent des questions, des rĂ©flexions sur mes runs, mes challenges « exclusivement » fĂ©minin, je me suis dit qu’il Ă©tait temps que je m’exprime sur le sujet : Sport… course Ă pied et les femmes.
C’est vrai que de plus en plus de femmes, de tous âges, de tous horizon se mettent au sport… et c’est gĂ©nial. Mais forcĂ©ment, quand quelque chose fonctionne, cela attire les marques et dès que l’on est sur le marchĂ© de la « FEMME », le marketing se lâche sur le rose….sur les stĂ©rĂ©otypes bien connu, bien clichĂ© :
T’es une fille donc mĂŞme si tu fais du sport, tu veux pas te salir, tu veux pas transpirer, tu veux du rose, tu veux ĂŞtre jolie (tenue, make-up), tu es certainement entrain de faire un rĂ©gime ou tu cherches Ă rentrer dans ton maillot de bain…Bref, on fait dans le marketing genrĂ©
>> Je n’ai rien contre le rose, ni les rĂ©gimes, ni l’objectif bikini.
Bien entendu, ça plaĂ®t, moi aussi j’aime quand mĂŞme avoir une belle tenue quand je fais du sport car çå me motive mais je n’ai pas peur de transpirer, de me salir. Non je ne fais pas du sport pour le rĂ©gime et ça me vexe profondĂ©ment quand des coachs essayent de m’encourager en me disant « Aller encore un effort, c’est pour le bikini cet Ă©té ». Parce que tu crois que je veux ĂŞtre en forme que cet Ă©tĂ© ? Parce que tu crois que je veux transpirer qu’avant les vacances d’Ă©tĂ© ? (ET je respecte les personnes qui le font, ce n’est juste pas mon but Ă moi et ça me vexe que l’on accole forcĂ©ment Femme faisant du sport = Femme au rĂ©gime)
Ainsi, est aussi nĂ© les Ă©vènements EXCLUSIVEMENT fĂ©minin : entrainement… course officielle avec parfois (souvent) du marketing douteux Ă base de : princesse, rose…
Parce que nous avons une perception diffĂ©rente de notre corps, nous avons une approche diffĂ©rente du sport (surtout et particulièrement dans les dĂ©buts), c’est pourquoi ces Ă©vènements, ces courses ont du succès car elles nous permettent de nous Ă©panouir loin du regard d’un des coupables de cette perception diffĂ©rente et de cet Ă©tat de subordination: l’homme.
Bien entendu cette logique ne s’applique pas à toutes les femmes, mais chaque femme doit respecter qu’une autre se sente dans cette situation. Bien sur que c’est agaçant tout le cĂ´tĂ© girly, bien sur que je serai mal Ă l’aise si je tombais sur une course rĂ©servĂ©e aux hommes (mais après tout pourquoi pas en fait ?), bien sur que le « viens courir petite princesse » m’Ă©nerve car nous avons cette image de « princesse =prĂ©cieuse = fragile = je ne peux pas vraiment faire du sport si je suis fragile »
Contrairement Ă ce qu’y est expliquĂ© dans l’article de Green coquelicot, personnellement, je ne me bats pas pour courir avec les hommes, je me bats pour COURIR et faire respecter le fait que OUI les femmes peuvent courir, peuvent faire du sport et peuvent AUTANT s’investir dans une activitĂ© sportive que tout homme pour d’autres raisons que la sociĂ©tĂ© nous prescrit.
Vous allez me dire que pour le prouver, il vaut donc mieux se mesurer aux hommes ET donc courir avec eux (en course ou en entraĂ®nement), de s’assumer comme une grande. Bien sur et je suis bien d’accord avec vous, je cours d’ailleurs 80% du temps avec mon petit ami. Sauf que physiquement, je n’arriverais jamais Ă le battre mais Ă chaque run, Ă chaque course par mes efforts je lui dĂ©montre que j’aime et pratique avec autant de ferveur et d’assiduitĂ© que n’importe quel homme.
…Mais j’ai envie de vous dire : Qu’avons-nous Ă prouver aux hommes ? Rien. C’est plutĂ´t Ă eux de nous montrer ENFIN du respect Ă chaque instant de notre pratique : de tourner 7 fois leur langue dans leur bouche, de nous considĂ©rer ET regarder comme un Ă©gal et non nos fesses ou nos seins. Bien sur vous allez me dire que je n’ai qu’Ă les remettre en place. SAUF que nous passons NOTRE vie de femme Ă les remettre en place (le harcèlement de rue pour ne pas (re) citer). Pourquoi devrions-nous encore le faire durant une course, au moment oĂą nous sommes lĂ pour reprendre confiance en nous, pour nous Ă©panouir, pour nous accepter ENFIN, pour nous dĂ©passer. Une rĂ©flexion peut gâcher TOUT le plaisir que nous trouvons dans cette activitĂ©. Pour moi ces arguments ne sont PAS marketing (mais OUI ils sont rĂ©cupĂ©rĂ©s par le marketing), ils sont la rĂ©alitĂ© de beaucoup de femmes, pas toutes, mais beaucoup.  Tant mieux si des femmes arrivent Ă ne plus y prĂŞter attention, arrivent Ă dĂ©passer ça. HonnĂŞtement, je crois que c’est devenu mon cas, ça m’agace, ça m’Ă©nerve, mais ça ne m’empĂŞche pas de pratiquer.
NĂ©anmoins, lorsque j’ai dĂ©butĂ© c’Ă©tait le cas et parfois ça revient cette pointe dans le ventre, cette pointe d’angoisse, cette pointe de colère qui nait en moi contre ces hommes qui empiètent sur ma libertĂ© d’ĂŞtre moi, de pratiquer comme je veux ce que j’aime.
Il y a deux ans, je rĂ©digeais cet article sur les difficultĂ©s que je rencontrais lorsque je courais seule et malheureusement, il est encore extrĂŞmement d’actualitĂ©. Pas plus tard que mardi en allant courir Ă Montpellier, nous n’avons pas arrĂŞtĂ© d’ĂŞtre interpelĂ©es par… des hommes, pour nous « encourager Ă leur manière » et je crois que le pompon a Ă©tĂ© atteint par un « allez les cochonnes ». Bah voyons et après vous avez envie que MOI j’aille courir Ă avec des hommes ?
Ah oui, je peux les remettre en place, mais pourquoi ? pourquoi se fatiguer ?
Au final, ces Ă©vènements aussi joliment ou/et très maladroitement marketĂ©s cachent une rĂ©alitĂ© beaucoup moins jolie : la femme n’est toujours pas autant considĂ©rĂ©e que l’homme. Il y a toujours cette barrière entre homme et femme, il y a toujours plus d’obstacles pour nous les femmes pour faire CE QUE NOUS VOULONS.
Et je vais faire une horrible comparaison, une comparaison deux poids deux mesures : un Inde des wagons dans les mĂ©tro ont Ă©tĂ© rĂ©servĂ©s aux femmes pour Ă©viter tout attouchement, potentiel viol. Ici on traite la consĂ©quence, pas la cause : l’Ă©ducation des hommes par rapport aux femmes, la place de la femme dans la sociĂ©tĂ© et sa considĂ©ration. C’est pareil dans une dimension bien plus superficielle que le sport et les Ă©vènements sportifs. La femme n’est toujours pas aussi bien considĂ©rĂ©e et l’unique manière de la faire exister ou de l’autoriser Ă enfin se sentir bien et de pratiquer comme bon lui semble est finalement ces Ă©vĂ©nements exclusivement fĂ©minin.
Vous allez me dire que j’exagère ? HonnĂŞtement non.  Bien entendu, je ne veux pas gĂ©nĂ©raliser et mettre tous les hommes dans le mĂŞme panier, sauf que quand on court et qu’on se prend 3 rĂ©flexions, des sifflets, des regards lourds dingues, au bout d’un moment ça suffit et on veut juste pratiquer en PAIX. Dernièrement au Marathon des mecs Ă©taient derrière mes amis et moi, un lance Ă son pote car il ne devait pas doubler assez vite : »ah bah dit-donc pourquoi tu restes derrière les filles »… Non mais ALLO mĂŞme durant un marathon tu fais des blagues lourdes-dingues ?
De fait….c’est ponctuellement la solution.
Mais oui, je suis d’accord sur l’exploitation exagĂ©rĂ©e et maladroite de marques / organisateurs d’Ă©vènement qui m’agace mais permet Ă beaucoup de femmes de se lancer enfin et/ou de se sentir mieux en se disant que ça sera « entre femmes ». Oui on pourrait faire ça aussi pour chaque catĂ©gorie de personnes stigmatisĂ©es, mais lĂ je me fonde bien sur une opposition de sexe. Ce n’est pas une question de courir avec des hommes, c’est une question de courir en paix et pour beaucoup, la solution est de courir en groupe… et encore souvent en groupe fĂ©minin.
Je vais venir sur une partie plus thĂ©orique qui m’a amenĂ© Ă cette approche exclusive et surtout rĂ©pondre Ă l’interrogation du « mais c’est pas un recul pour les droits de la femme de faire des Ă©vents que fĂ©minin » ?
Je crois qu’il y a diffĂ©rentes visions du fĂ©minisme et personnellement,  je suis plutĂ´t contre un Ă©galitarisme aveugle car non, sexuellement, physiquement, nous sommes diffĂ©rents des hommes. Attention, les stĂ©rĂ©otypes, l’Ă©ducation limitante (tu es une fille, tu feras de la danse !), me rĂ©vulsent. Dans une sociĂ©tĂ© idĂ©ale, nous, homme et femme, devrions avoir les mĂŞmes opportunitĂ©s et bĂ©nĂ©ficier d’une Ă©ducation identique qui n’influence pas notre existence ou notre place dans la sociĂ©tĂ©.
Malheureusement, ce n’est pas le cas. Une partie de mon mĂ©moire rĂ©alisĂ©e durant mon Master 2 sur la pratique du sport par la femme (d’un point de vue sociologique ET marketing) m’a permis d’approfondir la question de l’impact rĂ©el qu’avait cette Ă©ducation diffĂ©renciĂ©e par le sexe : perception diffĂ©rente du corps, de l’effort, des capacitĂ©s, du caractère… Bref. ForcĂ©ment, la thĂ©orie que j’exposais tendait Ă montrer que le sport venait combler, contre-balancer l’impact que notre Ă©ducation avait eu sur justement notre corps, notre caractère…
Ă€ ce titre, j’aime Ă voir le sport comme un moyen fĂ©ministe (oui oui on peut le dire) de sortir de notre « subordination » de TOUTES les normales sociales que l’on s’impose consciemment ou inconsciemment (sur notre corps, sur nos comportements…) De fait, le sport permet de reprendre conscience de son corps, de sa beautĂ© qu’importe les exigences sociales, les canons de beautĂ© mais aussi et mine de rien, de pouvoir s’affirmer, reprendre confiance en soi, d’ĂŞtre plus entrepreneure dans sa vie. Finalement, Ă devenir des femmes FORTES VS une petite fille faible qui faible et un petit garçon fort qui ne pleure pas (je rentre dans le clichĂ© mais çå me permet de mieux illustrer ma pensĂ©e et mon positionnement).
 « Avoir des muscles ce n’est pas fĂ©minin »… Soyez la première Ă montrer qu’on s’en fiche que ça soit masculin ou fĂ©minin !!!
Le sport libère du regard des autres car nous obtenons de nous-mĂŞme des capacitĂ©s que nous n’aurions jamais imaginĂ© avoir. ForcĂ©ment, on gagne en confiance et de fait, le jugement de l’autre…en fin de compte on s’en fiche. Sauf que pour arriver Ă ce stade de bien-ĂŞtre (limite d’utopie hin!), il faut pouvoir s’investir dans le sport, il faut pouvoir gagner doucement cette confiance en nous qui nous permet de nous dĂ©tacher du jugement, du regard de l’autre (l’homme notamment).
Et si s’inscrire et participer Ă des Ă©vĂ©nements en retrouvant des personnes dans la mĂŞme situation aide POURQUOI PAS ? Ensemble nous sommes plus fortes, ensemble nous sommes plus capables de surmonter ces petites Ă©preuves. Une fois que nous avons la force de le faire seule, et bien nous n’aurons plus besoin de participer Ă ces Ă©vĂ©nements sportifs trop roses.
Ainsi, je ne crois pas « exclure » les hommes de ma pratique surtout que ces activitĂ©s sont ponctuelles (!!!), mais il me semble que ce sont eux, une minoritĂ© certes, par leur manque de respect et leurs comportements qui nous forcent Ă les exclure TOUS.  De plus, je n’utilise pas de rose ni de paillettes, encore moins de tutu pour mes runs (mais j’aime porter du rose sur mes tenues cela dit), l’organisation est d’ailleurs la mĂŞme que n’importe quel run, fĂ©minin… masculin (pas de parcours plus GIRLY, pas d’annulation pour cause de mĂ©tĂ©o capricieuse). Sauf que s’ajoute le cĂ´tĂ© « bulle entre filles », pas bulle de paillettes, mais plutĂ´t une bulle de TRANQUILLITE.
Nous pratiquons le mĂŞme sport avec la mĂŞme passion, nous voulons juste ĂŞtre respectĂ©es Ă chaque instant pour cela. Ce n’est pas encore le cas. C’est pourquoi nous  utilisons ces Ă©vènements exclusifs pour pratiquer en paix. Du moins, c’est comme ça que je les perçois. MAIS…MAIS ! Cela ne veut pas dire que je suis contre la mixitĂ©, bien au contraire. Il ne faut pas bĂŞtement segmenter : ah tiens cette fille fait UN run fĂ©minin,.. donc bah elle n’aime pas courir avec les hommes. Et non. Je cours majoritairement avec des hommes d’ailleurs et la majoritĂ© des hommes sportifs que je connais me respecte sans problème. Il faut juste trouver un juste milieu entre une petite bulle fĂ©minine et une pratique mixte.
Je porte: brassière, short, débardeur et basket Enigma Mizuno
La perversion de ces événements :
Les Ă©vĂ©nements organisĂ©s par ces marques sont bien en thĂ©orie: entre filles, tranquillement, mais en pratique ils renvoient tout ce dont le sport nous libère : notre image de filles fragiles, la sexualisation de notre corps (bah oui tu viens Ă ces Ă©vents pour le parfait body, pas juste pour ĂŞtre avec tes copines), pour des filles qui ne font pas du sport pour le sport mais pour le rĂ©gime, pour le corps parfait… bref on aime pas le sport pour ces Ă©vĂ©nements sauf s’il y a du rose.
Je caricature et c’est l’effet pervers, mais finalement, je relativise car pour moi, l’essentiel est d’accompagner le maximum de femmes Ă pratiquer du sport et Ă profiter de ses bienfaits physiques, morales et sociaux. (je dois certainement passer pour une utopique pas vraiment fĂ©ministe) Alors si ça passe par un tutu Ă une course des princesses, tant pis… tant mieux, c’est un premier pas. Il faut juste que des marques (la sociĂ©tĂ© mĂŞme) comprennent que les femmes d’aujourd’hui pratiquent pour des raisons de plus en plus variĂ©es et que le corps parfait n’est plus une prioritĂ©, mais le bien ĂŞtre l’est.
Pour conclure (enfin!!): Il ne faut pas se laisser approprier cette « mini » rĂ©volution avec nous-mĂŞme par le marketing. Il faut nĂ©anmoins continuer Ă pratiquer le sport comme nous l’aimons SANS jugement. C’est ça aussi qui est important. Le sport peut se pratiquer de façon très variĂ© et entre sportives, il faut se soutenir, ne pas juger si c’est bien ou pas bien. Ă€ nouveau l’essentiel, est de PRATIQUER.
J’ai fait long aujourd’hui, ce n’est peut-ĂŞtre pas très clair, mais voici en tout cas mon avis (principalement basĂ© sur mon mĂ©moire et mon sondage que j’avais produit pour celui-ci). Bien entendu chacun de mes arguments peuvent ĂŞtre contredis mais c’est mon avis tout simplement et j’accepte les contre arguments, je les entends aussi mais après de nombreuses rĂ©flexions j’ai choisi cette position. J’ai hâte de connaĂ®tre le vĂ´tre : Comment conjuguer le running au fĂ©minin ? Que pensez-vous de ces Ă©vènements exclusivement fĂ©minins ?
Ă très viteÂ






alors lĂ ! entièrement d’accord.