Barcelone 2018: Je participe à mon Premier Ironman !

4 novembre 2018 - Triathlon - 12 commentaires

Hi,

J’espère que vous allez bien ? Je vous ai fait attendre, je sais, mais j’avais besoin de digérer cette course, mon premier Ironman pour lequel je me suis entrainée des semaines, des heures, quasiment tous les jours. Bon. C’était dur mais c’était le kiff. VOILÀ. Je plaisante. Ce serait drôle un compte-rendu comme ça, mais vous me connaissez, j’ai pas mal de chose à vous raconter sur ces : 3,8km, de natation, 180km de vélo, 42km de course à pied (un marathon).

Je sais que parfois, vous ne savez pas trop ce qui se cache derrière le mot « Ironman ». Je voulais vous rappeler que c’est donc un Triathlon longue distance dont « Ironman » est le nom donné à ce format où nous enchaînons sans arrêt la natation, le vélo et la course à pied. Cela dit, derrière cette appellation il se cache également une société privée qui se charge justement de l’organisation mais c’est une autre histoire 😉

Avant de lire mon retour détaillé de cette journée (oui oui 3 mois de préparation dont je vous parle ici, pour 24h !), je vous invite à regarder cette magnifique vidéo préparée par Osmany Tavarès qui m’a suivie ET que je remercie encore mille fois. C’est un condensé qui, je l’espère, vous plaira 🙂

Je ne pensais pas, personnellement, que cette vidéo allait autant m’émouvoir. Je trouve qu’elle donne un autre angle de vue sur cette journée mais maintenant revenons en arrière. Je ne détaillerai pas ma préparation, je l’ai fait dans cet article >> . Je vais directement vous emmener 2 jours avant ce départ à 8h15 de la plage 😉

J-2 et J-1, Vendredi et Samedi :

À deux jours de l’Ironman, je me repose. Cette semaine fût très light en entrainement. Je tourne un peu en rond, je culpabilise même un peu, mais je suis heureuse aussi de pouvoir renouer avec plein de petites activités auxquelles je ne pouvais plus trop consacrer de temps: massage, esthétique lol. Je me suis faite chouchouter. Je prends vraiment du temps pour moi et ça fait du bien.

Je prépare en détail mes affaires: ma nutrition, mon matériel (vélo Liv Cycling, baskets, combinaison de natation). Je vais chez Zerod faire personnaliser ma tri-fonction que j’ai testée ET re-testée de nombreuses fois ces dernières semaines. Je n’ai pas envie d’être stressée alors j’ai rédigé une liste que je suis méticuleusement pour rassembler mon équipement afin qu’il soit prêt pour le départ, le vendredi après-midi.

Vous le savez. Pour mes courses très importantes, depuis le marathon de Brighton, j’ai pris l’habitude de réaliser une « coiffure de guerrière ». Dans le cadre de mon premier Ironman, je ne fais donc pas exception (vous pouvez la voir ici >>). Après, je dois vous l’avouer, en triathlon, me faire tresser les cheveux est aussi une « nécessité ». L’enchaînement de 3 sports entre l’eau, le bonnet, le casque puis la course à pied, des cheveux MAL attachés peuvent être très gênants et faire perdre du temps. C’est aussi sans compter le sac de nœuds à quoi peut ressembler vos cheveux entre l’eau salée, la transpiration et les frottements.

Des cheveux bien coiffés ne pas pas quelque chose de superficiel. Oui ça booste la confiance en soi, mais ça fait surtout quelque chose « en moins » à s’occuper le jour-J. Avec 3 sports donc 3 équipements, ainsi que la nutrition, il y a déjà bien assez à penser 😉

On charge la voiture avec Matthieu, je vérifie 3 fois si j’ai bien TOUT ce dont j’ai besoin puis direction Calella, un peu au nord de Barcelone. Car oui, en réalité, l’Ironman de Barcelone est en fait dans la région de Barcelone, pas au centre-ville même. Ce n’est que 2h30 de route. Nous n’arrivons pas tard. Nous récupérons notre Airbnb, nous faisons quelques courses puis préparons les lits pour accueillir Alexandra, Cecilia et Osmany.

Je ne fais QUE vérifier la météo, malheureusement, elle ne s’annonce pas fantastique : pluie, ciel gris, fraîcheur, un peu de soleil mais globalement, ça va franchement être BOF. J’ai vu pire (souvenez-vous d’Aix-en-Provence >>). Cependant, ce n’est pas évident de se dire qu’en plus de batailler contre soi-même sur chaque sport, il va falloir conjuguer avec les intempéries. Il faut faire avec. Pour le moment, c’est DODO, grasse matinée programmée pour le samedi qui sera par contre, vous vous en doutez, hyper ensoleillé.

Le lendemain matin, nous partons tous au centre ville, m’enregistrer ET récupérer mes dossards, ma puce, mes 3 sacs de transition. On n’imagine pas franchement toute l’organisation qui peut se cacher derrière. Je l’ai un peu abordé lorsque je vous parlais de l‘Ironman de Matthieu mais voici un petit résumé:

  1. La natation: Nous prenons le départ en combinaison de natation, pieds nus, bonnet, lunettes de natation. Sous notre combinaison se trouve notre tri-fonction. Comme l’indique son nom, ce vêtement peut nous suivre sur les 3 sports.
  2. « Sac de transition 1 »: je le récupère en sortant de la natation, dans celui-ci se trouve tout ce dont j’ai besoin  pour le vélo. Après m’être changée, c’est aussi dans ce sac que je glisse mon équipement de natation.
  3. « Sac de transition 2 »: après le vélo, je récupère ce sac dans lequel se trouvent mes affaires de running. Après m’être changée, c’est là que je glisse mon équipement de cyclisme dont je n’ai plus besoin.
  4. « Sac de transition 3 » ou sportswear: Après la course, c’est le sac que je récupère pour me changer et aller bien manger lol.

C’est grosso modo. Mais après l’excitation du retrait, le repérage de la ligne d’arrivée, du départ de natation, j’ai donc tout ces sacs à préparer ainsi que ma nutrition. Il fait tellement beau alors que je sais très bien que demain, ce sera loin d’être le cas ;(.

Pendant que mes super supporters préparent à manger, je prépare mes sacs. Je colle mon numéro de dossard puis glisse méthodiquement mon équipement. Je dois faire aussi des choix: prendre un kway ? Des arm warmers ? Je glisse tout ce dont je pense avoir besoin, dans toutes les éventualités possibles. J’ajoute aussi ma nutrition : compotes, barre de céréales, fruits… Rien de fou, pas de gel miracle, pas de boisson colorée ou je ne sais quoi. J’en avais parlé dans ce post, je n’ai jamais ressenti le besoin de passer sur ce genre de produits. Le seul petit détail ? J’ajoute un Smecta en gel dans mes deux sacs de transition. Je le mentionnais dans cet article pas hyper glamour, mais plus l’épreuve est longue, plus il faut apprendre à gérer ses fluides. Je n’ai jamais souffert de diarrhée mais sait-on jamais 😉

Le reste de la journée est à base de bronzette et sieste. On s’active seulement en fin de journée. Je dépose mon vélo dans le parc à vélo/zone de transition. Je le protège avec des sacs poubelle car de gros orages sont annoncés durant la nuit. Déjà que je serai trempée de la natation, j’aimerais avoir au moins les fesses au sec pour quelques kilomètres lol.

Le soir, je fais le plein de féculents, on discute, on rigole, on parle beaucoup trop de caca et pipi au goût d’Osmany. Je prépare… mes sachets de congélation « makis » (oui oui) qui seront pour mon « gros ravito » à mi-parcours du vélo. J’ai prévu une grosse pochette sur mon vélo pour les manger facilement durant l’épreuve et sans m’arrêter. Je sais que le riz, le sel des algues, seront parfaits pour me ravitailler de manière complète avant la course à pied. (pas de poisson bien entendu). C’est original je sais mais c’est exactement ce dont j’avais besoin. Enfin, je remplis l’une de mes gourdes d’Orangina. Ces deux ravitos me motiveront, je le sais, car je les adore. C’est important aussi de se faire plaisir avec sa nutrition sans pour autant faire n’importe quoi :S

Je rassemble mes affaires de natation, les ravitaillements à placer le matin même sur mon vélo Liv Cycling, ma puce et… je file très tôt au lit.

 

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Ma tête quand je vois l’état de la mer avant la natation

Jour -J

Avant départ

Le réveil ne sonne pas trop tôt car le départ n’est qu’à 8h15. Je mange bien à 5h puis me recouche 1h. Je suis… un peu désespérée car il y a un ÉNORME orage qui fait rage depuis 2h du matin : la foudre, un vent énorme, une pluie diluvienne. Je n’ose même pas  imaginer l’état de la mer. À 6h, lorsque je me lève vraiment afin de me préparer… il pleut toujours, le palmier sur la terrasse est toujours complètement décoiffé par le vent. Je sens que la journée va être LONGUE. Mais tant pis, il va falloir faire avec.

C’est drôle, Alexandra me dit « nan mais tu sais, le temps peut être pourri mais la mer toute plate ». J’essaie d’y croire LOL mais c’est compliqué à imaginer. Nous partons vers 7h pour que je sois dans le parc vers 7h30 pour régler les derniers détails. Il fait humide, froid, on a perdu 10-15 degrés mais la pluie a cessé, le vent est tombé. En arrivant à mon vélo, j’enlève les sacs poubelle pleins d’eau, je gonfle mes pneus, j’essuie le cadre pour y fixer mes ravitaillements, glisser mon pique-nique makis dans la pochette, mes gourdes (eau et orangina) et c’est tout. En 10min, c’est fait et je le laisse en espérant le revoir très vite.

Je rejoins tout le monde sur la plage. Je n’ai pas encore trop vu la mer et je n’ose pas trop regarder. Je ne sais pas trop ce que je ressens en fait. J’ai l’impression d’être avant un examen que j’ai bien révisé. Le sujet est retourné sur la table, je suis prête « mais », il y a encore tellement de choses avant que je puisse rendre ma copie. Et si le sujet n’est pas le bon ? Et si je n’ai pas assez révisé  ? Et si, même si je donne tout, je n’y parviens pas ?

  1. Natation

Je termine d’enfiler ma combinaison, je sais qu’il fera meilleur dans la mer. Je bois, on rit un peu. J’ai la gorge nouée. Je suis un peu émue tout de même. Tant de semaines d’entrainement sous le soleil, la canicule pour me retrouver sur cette plage au sable trempé sous un ciel tout gris dans une atmosphère humide avec une playlist d’un DJ espagnol un peu douteux. Je plaisante bien sûr. Les regards sont bienveillants. Je choisis de me mettre dans le sas « 1h15 » même si, je pense plutôt faire 1h20 à cause de la mer qui n’est pas plate DU TOUT.

Il n’y a pas de départ en masse, ce sont des rollings starts avec le décompte « Mario Kart » lol. Toutes les 10 secondes 5/6 personnes prennent le départ. Je positionne, je suis la file, je souris à Matthieu, j’aperçois encore Alexandra, Cecilia. Dernier virage en file indienne puis… je découvre la gueule de la mer et les vagues ne me font pas kiffer du tout. Elle est où la mer toute plate et turquoise de Corse, de Montpellier, des images de promotion ? QUE DALLE !

En vrai, j’ai juste le temps de me dire « Merde, fait chier, c’est quoi ces vagues », je ne peux pas râler qu’il faut plonger sans trop réfléchir et enchaîner les coups de bras.

À cause du creux des vagues, je passe mon temps à tirer ma tête hors de l’eau pour essayer de bien m’orienter. HORS DE QUESTION de faire 100 ou 200m de plus dans cette mer. Ok elle n’est pas démontée, mais ce n’est pas les Bahamas. J’essaie de motiver. J’ai bien analysé le parcours la veille avec l’aide d’Osmany. J’ai 1750m avec le courant VS 1450 contre le courant, j’ai 600m pour rejoindre et quitter la plage.

Honnêtement, on peut s’imaginer que 3800m c’est hyper long, mais quand vous avez la tête dedans, ça passe TRÈS VITE. Il faut s’orienter entre les bouées, ne pas trop se laisser emporter, ne rien lâcher, garder son rythme, essayer de se mettre dans les jambes de quelqu’un sans se faire écraser.

Quand je suis à contre courant sur la dernière portion, j’essaie de donner plus sans griller trop d’énergie. Je suis assez boostée car j’arrive à doubler pas mal de participants mais pourtant, je n’imagine pas trop combien de temps je prends. Lorsque je vois enfin la ligne de sortie de natation, je mets les jambes pour vite rejoindre la plage, j’essaie d’attraper ces grosses vagues.

Sortir de l’eau s’avère délicat, les vagues sont si fortes qu’elles me déposent puis me remportent. Heureusement, les bénévoles rentrent en mer et nous agrippent pour nous sortir tellement c’est dur. Une fois debout, je me redresse et me mets à trottiner. J’appuie sur ma montre pour passer sur ma première transition et je vois: 1h10 !

Transition 1 Natation – Velo

Wahou. Ca me booste, je n’aurais jamais cru pouvoir faire ça. Je conserve cependant ma combinaison car ça caille vraiment. Je ne la retire qu’en rentrant dans la zone de transition. Je prends du temps pour me sécher et bien m’équiper. J’ai regardé en détails la météo, heure par heure : pas mal de pluie est encore annoncée. Je suis frileuse, je sais ce que c’est d’avoir froid, d’être en hypothermie sur un vélo (coucou Aix !!). Je préfère perdre 5min maintenant que de regretter pendant 180km !!

Je bois de l’eau plate, je me nettoie aussi un peu du sel. En m’habillant, j’absorbe 2 pompotes et mon smecta en gel. Arm warmer, kway sans manches, casquette, mitaine, ravito dans mes poches et je file récupérer mon vélo. Je vois Osmany, Matthieu, Alexandra et Cecilia. Il est temps de sauter sur ma selle et de partir pour le premier tour de 90km.

2. Le cyclisme

Honnêtement, en triathlon, c’était auparavant le vélo que je redoutais le plus. Je ne suis pas une flèche et niveau mécanique, je ne suis pas hyper douée non plus. Après cette longue préparation, je dois aussi avouer que je me suis très peu entraînée avec les prolongateurs. Ceux-ci servent à avoir une position plus aérodynamique, plus efficace et donc de dépenser moins d’énergie pour maintenir la même vitesse. Je n’ai jamais été très à l’aise.

Mais aujourd’hui, après cette natation au-delà de mes espérances, je me force. Au final, je suis à l’aise, il n’y a pas trop de vent. J’arrive à garder une bonne vitesse. Il ne fait pas si froid que ça, mais ce n’est pas non plus les hautes chaleurs. Je suis donc finalement contente de porter tous ces accessoires. D’ailleurs, hormis sur les 20 derniers kilomètres où j’ai presque eu envie de descendre mes arm warmers, j’étais très très bien avec.

Je sais que je parle beaucoup de météo mais au final, mon corps était préparé à fournir cet effort. Je n’ai pas eu de mauvaise surprise, de douleurs, de problèmes de digestion, mon matériel ne m’a pas non plus fait défaut. J’ai eu beaucoup de chance, tout était parfait… sauf la météo. Mais je ne pouvais rien y faire, il fallait juste que je m’adapte. J’avais peur de tomber, de glisser dans les flaques mais j’avais 180km à avaler.

Les ravitaillements n’étaient pas aussi réguliers que je l’imaginais, mais bien suffisant car je n’y prenais que de l’eau pour économiser la mienne, surtout que je n’avais réellement qu’une gourde à dispo, l’autre étant celle de mon « gros ravitaillement » en Orangina.

Je re-découvre la route que j’avais repéré durant Festive 500 en décembre l’an dernier (souvenez-vous). C’est plat, les espagnols nous encouragent. Il règne cette effervescence unique qui te booste, qui fige le temps. Je ne voyais pas les kilomètres défiler. Surtout, je me voyais aller vite sans effort supplémentaire par rapport à l’entrainement. Je me sentais bien, je buvais et mangeais régulièrement.

Vous savez quoi ? Les prolongateurs, c’est vachement pratique pour ouvrir les emballages quand tu es incapable de lâcher ton guidon des deux mains (oui oui, tu peux faire un Ironman sans savoir faire ça lol).

Manger, ouvrir ces emballages, les ranger, boire, pédaler, ne pas tomber (il y a pas mal de chutes autour de moi, ça glisse…). À 90km, je retourne à Callela, il pleut à saut, ça me saoule mais je suis heureuse car j’aperçois Matthieu, Osmany, Alex et Cecilia. La prochaine fois que je les verrai, je serai en baskets sur mon marathon. Donc… j’appuie plus fort pour vite y parvenir. J’ai fait la moitié de ce triathlon déjà !

Je ralentis un peu sur cette deuxième partie: le vent s’est levé, la pluie s’est invitée. Mais je savoure mes makis qui se révèlent très faciles à « gober ». Je bois aussi doucement mon Orangina mais je commence à avoir une vessie douloureuse qui me supplie de faire une pause « buisson ».

Et vous savez quoi ? Avec la mer agitée, je n’ai pas réussi à faire pipi dans ma combinaison. Résultat, et bien oui, j’ai fait pipi sur le vélo. Je profite de la pluie et d’un ravitaillement en eau pour me rincer juste après. Pensez ce que vous voulez, mais c’était hors de question de poser mon vélo, mettre mon popotin à l’air, perdre du temps alors que je pouvais tranquillement le faire depuis ma selle, me rincer et YOLO (surtout qu’avec la quantité d’eau bue, ça va hin).

Dès que je me suis soulagée, j’ai eu un shoot d’énergie. Le soleil pointe enfin le bout de son nez. J’avale les 30 derniers kilomètres dans une ambiance légère. Je n’ai même pas le popotin douloureux. Nous sommes un petit paquet d’athlètes à se suivre (sans se mettre dans les roues bien sûr), on est fatigués, mais je ne sais pas. Je me sens bien, mes cuisses ne me tirent pas et j’ai hâte de poser mon vélo afin d’attaquer la dernière étape.

Je vous ai déjà dit que je parle un peu à mon vélo ? (Enfin dans ma tête, pas à voix haute, faut pas déconner). Je le remercie de me porter si bien, de ne pas faire de bruits bizarres, de ne pas avoir crevé (bon, je le supplie pour ne pas me faire le coup si proche de l’arrivée !). Je termine ma nutrition puis je réduis au maximum la résistance pour mon vélo afin de faire tourner mes jambes pour les avoir les plus fraîches possibles dans quelques kilomètres.

Transition 2: Vélo => Course à pied

Pendant que ces cocos se ravitaillent, je rentre dans la Callela, j’entends l’ambiance de folie qui règne sur la promenade. Je remonte doucement les derniers kilomètres. Je réalise que j’ai fait le plus dur pour moi : le vélo. Je rentre dans le parc, j’appuie sur ma montre pour passer en transition. Vélo posé, je cours aux toilettes pour un denier pipi puis je me change pour la course à pied. Je prends le temps de m’essuyer, mettre de la crème anti-frottement (j’ai le cou HYPER irrité du matin-même) sur mes pieds, je mets des chaussettes de compression, je m’hydrate, mange ma pompote et c’est parti.

Je quitte une dernière fois cette zone pour affronter 42km. Je suis un peu inquiète de ne voir ni Matthieu ni Osmany, je sais qu’Alex et Cecilia sont plus loin :S. Je ne sors pas du parc en me disant « purée j’ai un marathon à courir encore, je suis loin de l’arrivée ». En fait, je me dis que j’ai 3 tours à faire, que j’ai fait le plus dur, j’ai déjà couru des marathons, je sais faire ça. C’est comme si la course était quasiment terminée. C’est vrai, j’ai fait presque 7-8h d’effort en tout, il me reste moins d’un tiers !

3. Course à pied

Le premier tour se passe vraiment bien. Il fait beau, le soleil est enfin là. Il y a une super ambiance. Je me sens bien et je sens que ça va aller. Je ne pense pas à ce qui s’est passé sur le marathon de Barcelone. Je suis calme et je me concentre uniquement sur enchaîner les pas, garder un rythme qui ne met pas dans le rouge.

La difficulté sur le parcours course à pied de l’Ironman de Barcelone est plutôt… les 8-9km quasiment sans public… et même sans lumière passé les 19-20h. Il y a des points avec de l’ambiance au niveau des ravitaillements, mais sinon, on est seuls, face à nous-mêmes. C’est mon premier marathon sans musique, sans rien pour me booster. Étonnement, j’ai l’impression d’avoir le cerveau vide, à plat, je fixe droit devant moi. J’absorbe les encouragements, puis je me renferme dès que je suis toute seule. Passé le semi-marathon, je rentre dans le dur.

Le ciel est de nouveau lourd, la lumière baisse et mon corps n’a plus du tout envie des ravitaillements. Les jambes ne sont pas lourdes, c’est juste la fatigue globale. Je n’ai pas de douleurs. J’essaie de reprendre le rythme passé 25km dans la zone d’encouragement mais rapidement, à nouveau seule, je relâche. C’est dur, je serre les dents, je ne lâche pas l’horizon, je me suis promis de ne jamais marcher même aux ravitaillements.

Je change et commence à boire du Coca-cola afin de garder mes apports en sucre, même si les kilomètres défilent doucement. Ma montre n’a plus de batterie. Je suis un peu perdue car je n’ai aucune idée de mon rythme, de mon cardio, du temps total écoulé depuis ce matin, de l’heure. Le passage à vide est aux alentours de 35km. Il fait nuit noire, il pleut, il fait à nouveau froid. Je serre les dents, je demande un kway à Matthieu mais je me retiens de le prendre finalement. Je veux pas d’assistance. Les filles m’encouragent. Je suis un peu déconnectée.

Je n’ai jamais eu envie de pleurer, de lâcher ni de marcher, malgré des cuisses LOURDES, le noir, l’ambiance pas tip top à certains endroits. Je ne lâche pas. Oui, Osmany arrive à courir plus vite à côté de moi, mais au moins je ne marche pas. La météo m’agace. Je me dis que cette année j’aurais tout eu mais je suis vraiment en train de finir cet Ironman. Osmany, Cecilia, Alexandra vont sur la ligne d’arrivée. Matthieu me retrouver dans le trou du cul du parcours sous la pluie, dans une zone mal éclairée. Je suis un peu absente, je regarde devant. C’était un peu la traversée du désert mais depuis que j’ai vu le panneau 38km, je me dis que c’est presque fini si j’accélère.

Je reprends donc un rythme pour rejoindre la ligne d’arrivée. J’ai vu 2 fois l’embranchement vers le tapis rouge, le tapis Ironman. J’ai entendu « You are an Ironman » tellement de fois. Ça va enfin être mon tour. J’essaie de me convaincre en me disant « mais non tu n’as pas mal aux cuisses, lève les jambes, c’est fini là ». Étrangement, je ne sens littéralement plus rien et je file vers la ligne d’arrivée. La promenade a été vidée par la pluie. Ils sont partis ou déjà sur la ligne d’arrivée.

C’est quand je pose le pied sur le tapis, quand je tourne pour faire les 200m du marathon vers la ligne que j’ai envie de pleurer. Je l’ai fait !!! C’est mon touuur. Et je savoure, je ne réalise pas trop, c’est comme si j’étais totalement anesthésiée. Je sens même plus la pluie. Je passe la ligne, je n’ai pas vu Matthieu mais je vois mon chrono de 12h23 qui me parait totalement fou. Je n’avais aucune idée de mon temps total (j’avais demandé à Matthieu de ne rien me dire pour ne pas me stresser ou me décourager, bon je n’avais pas prévu que ma Garmin Fenix soit incapable de tenir la batterie, 10h et plus de montre…). Je savoure la voix du speaker, la médaille, les photos, les coucous puis comme une petite claque, je redescends, j’ai vite froid et je décide de profiter d’être encore chaude pour vite récupérer mes affaires, me changer.

Les meilleurs supporters !!! Encore merci !

La plus belle ligne: je l’ai imaginée durant TOUTE cette journée. Je serrais les dents quand la lassitude venait car je voulais la retrouver !

 

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Que vous dire ? J’étais sur un nuage littéralement. Malgré la pluie, le vent, j’étais tellement heureuse (mais frigorifiée). Je sais que je parle beaucoup de météo, mais en réalité, ce fût un Ironman parfait: pas de soucis, pas de douleurs. Tout s’est bien passé. Je n’ai pas craqué mentalement. J’étais bien entourée par mes amis, c’était aussi très important pour moi de le vivre ensemble.

Je ne pouvais pas mieux espérer pour un premier Ironman. Je suis fière de tout ce que j’ai pu réaliser et atteindre ce jour-là. Le plus drôle ? J’ai bien moins souffert physiquement que sur un marathon seul ou un trail. J’avais des jambes bien moins en bois après lol.

Je souhaitais finir cet article en vous remerciant pour tous vos messages d’encouragements, de félicitations. Merci pour votre soutien sans faille qui me fait tenir aussi dans les moments moins cools de ces courses. J’espère vous avoir donné envie de vous dépasser, pas forcément en vous inscrivant à un Ironman, mais en vous montrant que vous avez tout à fait votre place sur une course, quel que soit son format. J’étais assez lucide sur mon Ironman pour voir que nous étions très peu de femmes :(.  Ce n’est pas le sujet de l’article mais je crois sincèrement qu’en vous montrant qu’à n’importe quel niveau nous pouvons le faire, nous avons nos places sur des événements sportifs.

On me demande aussi souvent le « Et après ? » Clairement, je referai des Ironman. Le triathlon est vraiment un sport dans lequel je m’épanouis et qui s’allie bien avec le trail.  Là, je préfère me reposer et choisir intelligemment, ou plutôt raisonnablement, mes prochains projets. Il faut que je me repose. La récupération est très importante après avoir tant donné sur plusieurs semaines, j’essaierais de vous en reparler. Si vous avez des suggestions, cela dit, sur trail ou triathlon, je suis preneuse !

@ très vite et encore merci pour tout !

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12 commentaires

  • Repondre crisko 4 novembre 2018 à 15 h 54 min

    Bravo !!!!! Magnifique !!!! et très chouette texte de partage de cet Ironman, on croirait y être 🙂

  • Repondre Cécile 4 novembre 2018 à 22 h 03 min

    Ironman des Sables d’Olonne. C’est chez moi. Je viendrai même t’encourager ! 😉
    Ton compte-rendu est toujours aussi prenant, inspirant et beau. Merci à toi. Pour tout. Les courses ne m’attirent pas, et ne m’attireront probablement jamais… Je ne ressens pas le besoin de me dépasser de cette façon. Mais je trouve ça formidable à lire et à découvrir de cette façon… Alors MERCI pour tant de générosité… Et plein plein plein de belles choses pour la suite !
    Cécile

  • Repondre Zioupette 4 novembre 2018 à 22 h 09 min

    Je t’es suivie lors de cette journée et j’attendais avec impatience ton article….J’étais deja émue le jour J et en lisant ton article les émotions remontent…..difficile à décrire avec des mots mais wahou!!!!!!!!!!!!!!!! Tu force l admiration et le respect, j’imagine la force physique et mentale qu’il faut pour obtenir un tel niveau , c’est juste hallucinant! J’ai toujours aimé le sport sa me fait partir dans un autre monde, et quand je lis le résumé de tes exploits sa me touche vraiment….Merci Anne! Et encore un énorme bravo

  • Repondre Jessica 5 novembre 2018 à 10 h 49 min

    Félicitations pour cette superbe épreuve ! C’est génial ce que tu accomplis ! Merci pour ton article et ton partage d’expérience. Il est formidable tout comme la vidéo que je trouve vraiment très émouvante. Pour ma part, je trouve que ton compte rendu nous motive et nous donne envie de nous dépasser, chacun à notre manière. Merci pour tous ces partages !! Bravo encore et plein de belles choses pour la suite !
    Jessica

  • Repondre Marianne 5 novembre 2018 à 11 h 23 min

    Super compte-rendu ! ça me donne très envie mais je préfère y aller à mon rythme et me mettre sur un ironman dans 4-5 ans.
    J’ai prévu de me lancer cet été sur l’Altriman (en distance olympique) qui est vraiment un beau triathlon (et un des plus durs apparemment). Si tu es à la recherche d’un autre défi en trail, he te conseille l’euskal Trail (dans le pays basque) qui consiste à courir deux jours de suite 25 ou 40 km en duo ! Normalement je me lancerais sur le 2*25 🙂
    Encore bravo pour ta performance !

  • Repondre Margaux Lifestyle 5 novembre 2018 à 12 h 50 min

    Encore un grand bravo à toi ! Tes comptes-rendus ont le chic pour me foutre des frissons ! Je ne sais même pas quoi dire d’autre en fait !

  • Repondre Sophie 5 novembre 2018 à 14 h 25 min

    Félicitations Anne, quel beau parcours ! Et quelle persévérance, je suis admirative !

  • Repondre sandra 6 novembre 2018 à 12 h 14 min

    Chapeau !!! Tu peux être fière de toi, tu as un sacré mental et je t’admire pour ça ! clap clap clap

    • Repondre Anne 8 novembre 2018 à 5 h 33 min

      Merci beaucoup Sandra !

  • Repondre Magicitrouille 7 novembre 2018 à 11 h 30 min

    Tellement réaliste ton compte rendu! et puis ce passage du pipi, j’adore!!!
    bravo encore!!!

  • Repondre Violette 7 novembre 2018 à 23 h 38 min

    Une vraie guerriere. Quel temps tu ss que Nathalie simon a fait celui de Nice en 16h ? Vraiment bravoooo

    • Repondre Anne 8 novembre 2018 à 5 h 32 min

      Merci VIolette
      Après on ne peut pas comparer un Inronman avec un autre, les parcours sont très différents (notamment le velo à Nice avec beaucoup, beaucoup de dénivelé VS tout plat à Barcelone 😉 !
      QUelque soit le temps réalisé, c’est juste genial de finir.